Hier soir, je n'ai pas perdu mon temps en allant voir la première pièce de théâtre de Claire Giuseppi, Deux âmes en noir sur un toit blanc, avec Claire Giuseppi, Pierre-Yves Redouté et Wilfried Duval à la Folie Théâtre.

L'HISTOIRE

Deux âmes en noir sur un toit blanc, c'est une histoire qui commence comme une bonne plaisanterie: un peintre, un PDG et une SDF se retrouvent nez à nez sur le toit d'un immeuble en pleine réfection. Leurs parcours de vie, bien différents, vont se rejoindre en une ultime décision: sauter.

Attention, je vous arrête de suite, ce n'est pas une pièce tragique. Je ne vous révèlerai pas le dénouement mais sachez tout de même que vous passez bien plus de temps à rire qu'à pleurer. Et si vous ne pouvez pas vous empêcher de verser une larme, ce ne sera sans doute que pour le "petit castor" faisant l'objet d'une chanson pour le moins touchante.

Sauter donc, ou ne pas sauter, là est la question. Et pour sauter, les raisons sont, pour chacun des protagonistes, multiples: vocation brisée, licenciement, rupture... Les aléas de la vie. Et une certaine mélancolie qui s'installe à travers des tableaux musicaux en lumière froide espaçant les actes. Mais pour sauter, il faut être seul. Et lorsque l'on se retrouve à trois au même endroit, au même moment, dans le même but (exception faite pour le peintre qui n'est là, au départ, que pour repeindre le toit en blanc), c'est contrariant.

Découle donc de cette situation fantasque une sorte de compétition de celui qui est le plus malheureux, qui déterminera celui ou celle qui sautera en premier.

LA PIECE ET SON AUTEURE

Claire Giuseppi est une jeune auteure, comédienne et metteuse en scène issue d'une formation théâtrale, bénéfiquement influencée par les artistes de la scène actuelle et du stand up.

Deux âmes en noir sur un toit blanc est sa première pièce représentée à Paris.

Elle y traite avec subtilité et humour de sujets presque tabous, rarement abordés au théâtre: la crise économique, la perte d'emploi, la vie à la rue, le désespoir, le suicide. Mais, il n'est pas question de laisser planer pendant l'heure et quart de spectacle, une atmosphère austère et déprimante. Non. Les personnage peuvent être déprimés, lassés, impatients d'en finir. Mais le spectateur, lui, n'est pas prêt à les laisser partir. Entre la SDF sarcastique, le PDG poète du dimanche et le peintre candide, il y a de quoi passer un très très bon moment.

Leurs malheurs? On en redemande...

D'ailleurs, il est bon de rire de leurs malheurs puisqu'ils pourraient être les nôtres. Et quand bien même ils ne le seraient jamais (croisons les doigts très fort), ce sont des cas qui nous entourent quotidiennement, qui nous interpellent certainement, et qui nous intriguent obligatoirement s'ils ne nous indignent pas.

L'écriture de cette pièce est jeune et dynamique. Les seuls défauts sont son manque, parfois, de liant entre les sujets et les blagues, l'on est parfois à la limite de la surenchère humoristique qui pourrait desservir le propos; et l'entrée en matière qui manque selon moi d'un peu d'attaque, une punch line un peu mordante dont l'auteure est tout à fait capable étant donné la suite des hostilités.

LA REPRESENTATION

Salle comble, standing ovation. On peut dire que c'est une première bien réussie!

Quelques mots sur l'ensemble scénographique: les acteurs, la mise en scène.

Deux âmes en noir sur un toit blanc; c'est surtout deux acteurs en scène: Claire Giuseppi et Wilfried Duval. Si je suis plutôt agréablement surprise quant à la qualité de la prestation générale de l'un et de l'autre, je reste tout de même partagée. Wilfried Duval est un bon acteur, peut-être un peu trop démonstratif parfois, mais je n'ai pas cru dès le début à son personnage de PDG. La jeunesse, le manque d'assurance scénique y sont pour beaucoup. Cependant, c'est avec plaisir qu'à mi-parcours, je l'ai vu se détendre pour proposer quelque chose de plus concret et de plus mature avec des moments saisissant de finesse.

Du côté de Claire Giuseppi, l'on ne peut que tomber sous le charme de son assurance décontractée et naturelle. Elle campe une SDF à l'humour caustique qui correspond très bien à sa personnalité. Cependant, la triple casquette qu'elle s'impose en tant qu'auteure, metteuse en scène et comédienne la dessert dans le jeu puisqu'on la sent parfois un peu tendue, en réflexion sur le texte, sur sa propre prestation et celle des autres.

Quant à Pierre-Yves Redouté, comment ne pas rire dès le premier abord de cet énergumène sympathique à la grosse voix grave. Chacune de ses apparitions, portée par l'histoire qui en fait le fauteur de trouble entre les deux suicidaires, est forcément hilarante jusqu'à empêcher le comédien de garder son sérieux. L'on ne porte pas préjudice à Pierre-Yves pour ce petit écart de concentration qui joue tellement bien avec le rythme effréné de la pièce, mais l'on sent qu'il serait capable de s'épanouir bien plus si seulement il apparaissait plus souvent, même sans texte.

Il conviendrait donc peut-être de redistribuer les rôles ou d'offrir un regard neuf à la mise en scène pour permettre au jeu d'ensemble de se développer et d'éviter les baisses de tempo. Ce qui est sûr, c'est que chacun des personnages tel qu'il est écrit a quelque chose à défendre et une complexité à trouver. Les comédiens assurément peuvent lâcher la bride et aller plus loin. Mais la mise en scène est certainement ce qu'il y a d'essentiel à assurer et à faire progresser.

Je conseille donc de suivre de très près l'auteure Claire Giuseppi qui montre dans cette première pièce un vrai talent d'écrivaine et une qualité indiscutable de finesse et d'esprit. Des dates de cette pièce seront certainement programmée bientôt, je vous tiendrai bien évidemment au courant. Vous ne regretterez pas d'y être allés!

 

Retour à l'accueil