affiche du film

affiche du film

Vendredi, je n'ai pas trop perdu mon temps en allant voir La belle saison de Catherine Corsini avec Izïa Higelin et Cécile de France sorti Mercredi dernier.

La belle saison, c'est l'histoire d'une jeune femme de la campagne, en lutte perpétuelle avec elle-même, qui va se découvrir à travers une histoire d'amour lesbienne avec une professeure d'espagnol militante féministe à Paris.

RESUME: PETITS, TOUT PETITS SPOLERS

Années 70. Alors que le monde s'émancipe à travers les luttes sociales, raciales et politiques, Delphine, fille de paysans travaille aux champs dans la journée et attend la nuit pour rencontrer sa petite amie.

Jusqu'au jour où celle-ci lui annonce ses fiançailles avec un jeune homme du village. Tout bascule. Delphine veut soigner son cœur brisé en changeant d'air et décide de s'installer à Paris.

Petite chambre de bonnes sous les toits, réchaud gaz et boîtes de conserve, hygiène spartiate au gant de toilette... Ah! Paris! Les bancs enfumés de la fac, les tracts pour la contraception distribués aux petites vieilles, les débats d'idées à travers journaux et radios pirates... Ah! Les 70's!

Et puis, l'amour avec un grand A. Carole est professeure d'espagnol et fervente militante féministe. Elle est aussi en couple avec un journaliste-écrivain engagé. Mais entre Delphine et elle, ce sera bien plus qu'une histoire de limites et de doigts d'honneur à la morale. Et en amour, rien n'est jamais facile...

CRITIQUE

Que ce film est dense dans son propos!...

... Et qu'il est compliqué de vouloir tout traiter en une heure et quarante-cinq minutes!

Il faut faire des choix, et Catherine Corsini les a faits. Dans une interview que j'ai lue récemment, elle disait qu'elle souhaitait faire un Brokeback Mountain au féminin. Et sur ce point, oui, le film est une réussite. On a la campagne, les ébats en pleine nature filmés au plus près, le développement de l'adaptation d'une parisienne à la nature et les préjugés de la France profonde.

Mais quel est l'intérêt outre la visée esthétique et celle de la performance des actrices?

Alors que les problèmes de genres et d'égalité des sexes alimentent nos médias, ce film tombe à point nommé et pourrait gifler avec brio tous les empêcheurs de tourner en rond... Mais non. La performance a beau être magnifique du côté de Izïa Higelin, et un peu décevante et déjà vu du côté de Cécile de France mais tout de même acceptable, le tout retombe comme un soufflé et on attend en vain le moment où l'on rentrera dans le vif du sujet.

Ce n'est pas plat, il y a quelques beaux valons comme la colère froide de la fabuleuse, l'épatante Noémie Lvovski (qui joue la mère de Delphine), ou la découverte du couple par Kévin Azaïs (l'amoureux d'enfance) mais à chaque fois, c'est trop court, trop peu exploité, trop cru. On nous laisse entrevoir un début de rebondissement, et puis plus rien, on retombe sur l'éternelle scène d'amour qui n'est pas sans intérêt, mais le devient à la longue.

Il y a aussi une énorme déception de mon côté, celle du féminisme naissant qui est d'abord expliqué de manière un peu simpliste au début (à travers un dialogue sur ce qu'est et n'est pas le féminisme) avant d'être complètement oublié au profit de l'histoire d'amour. On justifie le changement de caractère de Carole (de la femme engagée à la larve) par l'amour. On nous sert une ou deux pauvres minutes de planning familial et trois lignes de lettres à la fin du genre "Quelques années plus tard", "vous avez réussi beaucoup de choses". C'est trop peu, c'est même franchement diminuer l'engagement de ses femmes qui nous ont obtenues tant de droits à la liberté de corps, de choix et d'esprit.

Il manque clairement quelque chose!

CONCLUSION

Dans l'ensemble donc, je ne peux pas dire que je me sois ennuyée. Je découvre Izïa Higelin que je trouve exceptionnelle, et Noémie Lvovski qui aurait méritée bien plus d'attention qu'on ne lui accorde vraiment. Mais je reste sur ma faim et déçue, un peu frustrée que Catherine Corsini soit passée à côté d'un vrai sujet à développer. Les amours interdites, c'est beau, ça parle, ça émeut, ça fait du bien et ça fait souffrir, mais après la vie d'Adèle, et autres Sils Maria, il est temps de voir plus loin et d'arrêter d'exploiter le filon moraliste pour s'intéresser au fond: Comment l'Histoire et les histoires nous montrent que la différence n'est pas une goutte d'eau mais une vague sur laquelle il faut surfer en vue du développement de l'Humain au sens être intelligent du terme.

Je conseille donc d'aller voir la belle saison. C'est un film agréable, simple, qui donne à réfléchir et à apprécier même si c'est finalement un chef d'œuvre manqué.

 

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