affiche de démons, mis en scène par Marcial Di Fonzo Bo.

affiche de démons, mis en scène par Marcial Di Fonzo Bo.

Hier, j'ai malheureusement un peu perdue mon temps en allant voir l'adaptation de Démons de Lars Norén par Marcial Di Fonzo Bo avec Romain Duris, Marina Foïs, Anaïs Demoustier et Gaspard Ulliel.

Ceux et celles d'entre vous qui ont déjà lu mon précédent article sur Lars Norén (http://alarecherchedutempsperdu-fr.over-blog.com/2015/06/lars-noren-ou-la-folie-de-la-vie.html) se sont peut-être rendu(e)s compte qu'il est difficile d'aborder les œuvres du dramaturge, d'en parler, de les exprimer comme il se doit, et par conséquent d'en donner une critique uniforme parce que justement, il y a autant de personnalités dans un personnage de Norén que dans l'éventail des sentiments humains. Pourtant une chose est sûre, quand on choisit la facilité de donner à un personnage complexe la seule direction de la dépression, c'est passer complètement à côté de son sujet. Est-ce ce qui est arrivé?

DEMONS AU THEATRE DU ROND POINT

Le théâtre du Rond Point est une scène que je ne connaissais pas et que j'ai énormément appréciée du fait de son intimité, son plan frontal et ses coulisses d'arrière scène qui offrent ainsi les ailes comme espace de jeu. La scène est immense et descend en petite cascade vers le public. Ce doit être un vrai bonheur de pouvoir évoluer sur un terrain de jeu pareil!

Alors forcément, le décor peut se permettre d'être grandiose!

Dans la mise en scène de Marcial Di Fonzo Bo, le choix est arrêté sur un espace ouvert qui montre l'appartement du couple, Katharina et Frank, avec un côté chambre et un côté salon sans pour autant que les panneaux de séparation isolent complètement les pièces l'une de l'autre puisqu'ils sont soit transparents soit existants seulement par le cadre. Le tout est savamment arrangé sur un plateau tournant qui fait permuter d'un lieu à l'autre en fonction des scènes et permet un jeu à 360°.

Dans le petit livret de présentation de la pièce que l'on reçoit à l'entrée, Marcial Di Fonzo Bo nous explique son projet, qu'il a imaginé en deux temps. D'abord la version cinématographique qu'il a réalisée pendant l'année et qui sera diffusée sur ARTE le 22 Octobre, et l'adaptation théâtrale qui a finalement aussi modifiée l'écriture.

Étrangement, dans la salle Dimanche après-midi, il n'y avait autour de moi que des couples et ce n'est que quand j'ai fini de voir la représentation que j'ai compris qu'ils avaient dû se renseigner car malgré l'écriture très pesante de Norén, Di Fonzo Bo a réussi une chose, à en faire une pièce comique.

Démons en fait, c'est deux histoires de couples qui s'entrechoquent mais c'est aussi l'évolution et l'éveil de quatre personnalités. Le point de départ est assez simple. Katharina et Frank attendent le frère de Frank qui doit venir avec sa femme pour l'inhumation de leur mère. Mais ils décident finalement de passer la nuit à l'hôtel et le couple Katharina et Frank, qui bat sérieusement de l'aile, se retrouve seul. Ils décident alors d'inviter leurs voisins du dessous, jeunes parents de deux enfants assez casaniers. Et entre l’extravagance de Katharina et Frank et l'apparent moralisme flegmatique de Jenna et Tomas, il y a de quoi passer une soirée inoubliable!

CRITIQUE

Ma découverte de Lars Norén est assez récente. J'ai été séduite par la force des sujets qui nous semblent pourtant bien triviaux et ordinaires ainsi que par la complexité que l'on a à aborder ses personnages.

Autant dire qu'avec une distribution pareille, j'ai placé la barre de mon exigence à la hauteur de mon admiration pour chacun d'eux. Et j'ai été tantôt extrêmement surprise! Tantôt infiniment déçue!

Qu'est ce qui a donc cloché dans cette représentation pour que le public ne fasse que 1min30 d'applaudissements, deux petits rappels, que les acteurs se regardent hébétés et oublis jusqu'aux noms de leur personnages et qu'enfin le public sorte avec un masque de compassion terrible attendant que quelqu'un dise finalement à mi-voix "oui, bon c'était quand même... agréable?".

Je vais prendre les choses dans l'ordre de ce que j'ai pu vivre et voir.

D'abord, la représentation a commencé avec 20minutes de retard et certaines personnes entraient encore quand la première scène s'est terminée.

Ensuite il y avait tous ces couples... Mais comment peut-on penser qu'aller voir Démons constitue une activité de couple? Est-ce pour se rassurer? Se dire que tous les couples vivent des hauts et des bas? Est-ce une vraie démarche intellectuelle et artistique? Ou est-ce simplement le "casting"? Personnellement je me suis retrouvée à côté d'un couple qui n'a eu de cesse de s’esclaffer au moindre mot de Romain Duris et qui n'a même pas eu la décence de se taire lorsque les acteurs sont entrés en scène... C'était déjà assez perturbant.

Après, il y a toute la partie technique. Le décor est vraiment innovant et absolument adapté à cette magnifique scène. Mais les lumières... Le son... Que s'est-il passé? La moitié du temps, les acteurs se retrouvent dans le noir et il y a en fond sonore, par intermittence, un espèce de bruit de grotte très grave que j'ai d'abord interprété comme le désir de créer une atmosphère de huis clos, mais qui s'est révélé être insupportable et parasitant après seulement 10min de jeu, m'empêchant totalement de me concentrer sur ce que disaient ou faisaient les acteurs. Certains choix de mise en scène me semblent pour le moment totalement incompréhensibles, comme les bougies allumées dans la dernière scène avec Jenna et Frank et qui ne servent ni l'idée de spatialisation (puisque l'on change d'appartement) ni le propos.

Et enfin il y a ce qui m'a semblé le plus décevant: le couple Katharina/ Frank, Romain Duris/ Marina Foïs qui ne fonctionne pas. Je dois à ce titre saluer les efforts extrêmes de Romain Duris qui a réellement tenté de repartir sur de bonnes bases en s'accrochant à sa partenaire jusqu'à dire son nom à la place de celui de son personnage, mais sans aucun succès. La scène d'ouverture était absolument intenable avec une Katharina dépressive, limite droguée au ton monocorde tellement insupportable que j'ai fini par me dire qu'il s'agissait peut-être de Jenna qui a un rôle bien plus porté à la plainte et au laisser-aller. Mais non. Bref, dans ce désarroi total, l'entrée en jeu de Anaïs Demoustier et Gaspard Ulliel a juste été le souffle d'air frais et le vrai commencement de la pièce. Là, oui! Pour le coup, j'ai découvert un couple Jenna/Tomas complètement différent de celui que j'avais imaginé ou que j'avais vu interprété mais qui fonctionnait parfaitement. Jenna est une vraie femme d'action. Elle assume tous ces petits tracas post-grossesse en riant, elle a un ascendant affirmée sur son mari, elle est pleine d'entrain et de bonnes intentions. C'est une belle âme! Quelle découverte! Voilà une des raisons pour laquelle je serai prête à y retourner, la performance d'Anaïs Demoustier. Et dans la même veine, Gaspard Ulliel transformé, comme je ne l'avais jamais vu au théâtre ou au cinéma, dans un rôle de bonhomme rangé, mature et responsable, qui finit par se sentir pousser au ventre un désir de rébellion mais qui n'arrive finalement pas à dépasser sa nature d'être soumis jusqu'à l'impuissance. J'étais sidérée! Complètement captivée! Éblouie même par la performance de ces deux-là. Il faut aussi et bien sûr ajouter à leur talent déjà immense, le fait que toutes les scènes physiques étaient parfaitement assumées et maîtrisées, chose qui n'a pas eu la même évidence avec l'autre couple... Et la voix de Anaïs Demoustier! Quel talent!

Vous comprenez donc que la représentation n'a pas été, malheureusement, à la hauteur de mes attentes. Je ne rejette pas tout. Je pense même réellement que c'était un mauvais jour et donc, forcément j'attends de lire d'autres critiques... Mais s'il ne tenait qu'à moi et à cette représentation, je ne vous conseillerai d'aller voir cette pièce que pour les idées de mise en scène et les trois acteurs qui ont tout donné. C'est un coup dur pour Marina Foïs que j'apprécie pourtant habituellement, mais Dimanche, elle n'était pas là.

Démons au théâtre du Rond Point c'est jusqu'au 11 octobre à 21h. J'attends vos avis.

 

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