Youth, Paolo Sorrentino, affiche du film

Youth, Paolo Sorrentino, affiche du film

Ce soir, je ne veux pas perdre une seconde pour vous parler de Youth, écrit et réalisé par Paolo Sorrentino avec Michael Caine, Harvey Keitel et Rachel Weisz entre autres.

 

J'ai l'habitude de conduire mes articles en deux parties: le résumé et la critique. Parfois, l'une et l'autre se confondent. Et si je voulais continuer sur ce modèle pour vous parler de Youth, je crains de n'avoir pas la cohérence formelle qu'implique ce choix. Alors, aujourd'hui je vais laisser de côté le protocole et vous dire les choses au fil des mots.

 

Je ressens à cet instant un sentiment que je n'ai que rarement approché. Je pense qu'il s'apparente à plusieurs notions dont j'ai entendues parler au cours de ma vie sans chercher à y porter vraiment d'attention ou bien au contraire, en leur cherchant un sens avec tant d'acharnement que je me suis rendue compte finalement que je ne pourrai pas le trouver: la simplicité, le lâcher-prise et la liberté. Il est dans la vie des moments, rares, où l'on n'a même pas à se dire que l'on a compris; on comprend. Les éléments que l'on voulait irrémédiablement mettre en place disparaissent pour laisser la place à l'image finale, d'une simplicité naturelle qui ne souffre pas la recherche d'explication ou de compréhension. Il n'y a ni effort, ni doutes, il n'y a que cela, la simplicité nue.

Ce soir, j'ai vu Youth de Paolo Sorrentino et je me sens libre. C'est comme si chaque image avait, une à une, retiré de mon esprit, les complexités de mon existence. C'est très beau, en cherchant les mots pour vous décrire ce que je ressens, mon corps a instinctivement fait apparaître le parallèle, et je crois que je peux sans doute qualifié mon état d'extatique, comme après avoir aimé.

 

Je voudrais ne pas vous donner de détails pour vous permettre de vivre pleinement votre propre expérience, mais comment vous inciter à aller voir le film sans vous donner quelques bonnes raisons moins personnelles...

Il y a dans ce film une vérité toute simple de l'existence. L'on nous donne à voir à plat, sans aucune hiérarchie, le jeune, le vieux, le beau, le disgracieux.... C'est un vrai plaidoyer à l'existence. En deux heures, vous vivez le yoyo des émotions qui composent toute les vies. Et ce n'est pas un effet de style, ce n'est pas une tentative de s'exhiber, ce n'est pas une performance, ce n'est pas un appel à la consommation. Non. C'est comme un secret. Être dans la salle, écouter, voir et recevoir, c'est se sentir l'être privilégié à qui l'on confie le secret que chaque être humain rêverait de connaître. Le secret de l'existence. Où l'on est? Qui l'on est? Pourquoi l'on est? Et ce que l'on fait. Voilà ce que révèle Youth. L'on peut entrer dans la salle l'esprit lourd et le cœur fatigué, l'on en ressort jeune, l'esprit léger et le cœur battant.

 

Je ne peux pas m'attarder sur ce que donnent les acteurs. Il n'y a pas de premier rôle. Chacun des acteurs dans ce film jusqu'au dernier figurant a un rôle. Et tous sont si simples et naturels que la moindre scène, aussi improbable soit-elle, devient une possible réalité. C'est pur, c'est vrai, c'est palpable tellement c'est réel. Il n'y aucune possibilité de voir le moindre tabou parce que tous les sujets qui sont abordés sont juste humains et rendus avec la candeur de la réalité. Quand l'on parle de l'amour, rien n'est enjolivé et tout est évoqué. La naissance du sentiment. Le plaisir. Le toucher. Le sexe. La routine. Les secrets. Les non-dits. Le poids. La trahison. La jalousie. La haine. La peine. L'inexprimable. La peur. Le dégoût. L'envie. Le désir. La mort. L'ensemble de cet éventail infini de sentiments qui nous traversent, rien n'est laissé de côté. Et il n'y a jamais de faux pas, d'emportements, de force. Il n'y a que la vérité. Un exemple qui m'a touché profondément et qui, je n'en doute pas, vous touchera si vous allez voir le film ou vous a aussi touché si vous l'avez vu, c'est le monologue de Rachel Weisz que je n'ose même pas appeler par le nom de son personnage parce que je n'ai vu dans ce film, aucun personnage, je n'ai vu que des Hommes. Le monologue est filmé en un seul plan rapproché. L'actrice ne peut pas fuir, elle ne peut pas bouger parce qu'elle est couverte d'un masque d'argile sur l'ensemble du corps, elle ne peut pas se défiler. Et elle est à côté de son père qui lui pose une simple question. Mais le poids de tout ce que la vie leur a donné à échanger surgit tout à coup dans un déferlement de mots qui parviennent finalement à couvrir la totalité de leur relation. Je ne peux pas vous en dire plus. Ce serait arbitrairement vous retirer le droit au plaisir et je ne veux surtout pas prendre cette responsabilité. Il faut que je finisse cet article, mais je ne pourrai cesser d'écrire que lorsque mon corps aura atteint l'épuisement physique parce que ce film est pour moi la clef de tout ce que je vais entreprendre dans un avenir proche. Et si un jour j'ai l'honneur de rencontrer Paolo Sorrentino, je ne manquerai pas lui dire que son film m'a redonné la vie. Allez voir Youth, ne passez pas à côté de ce témoignage. Je ne sais pas si vous y gagnerez autant que moi, mais vous en ressortirez rassasiés.

 

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