La ballade de l'impossible, Haruki Murakami, couverture.

La ballade de l'impossible, Haruki Murakami, couverture.

Depuis quelques mois et sur les conseils de plusieurs amies, je ne perds pas du tout mon temps à lire les œuvres de Haruki Murakami. Aujourd'hui je vous présente La ballade de l'impossible, cinquième roman de l'auteur, adapté au cinéma sous la direction de Tran Ahn Hung en 2010 avec Kenichi Matsuyama, Rinko Kikuchi et Kiko Mizuhara.

 

RESUME

La ballade de l'impossible, c'est l'histoire d'un jeune homme, Watanabe, qui va, au cours de sa vie lycéenne puis universitaire, se lier d'amitié avec des personnes marquées par la lourdeur de la vie.
Tout commence dans un avion. Il entend une chanson des Beatles qui va le replonger dans ses souvenirs, l'année de ses dix-huit ans, avec le suicide de son ami d'enfance, Kizuki. De là va se dérouler une sorte de cycle encadré par la vie et la mort qui verra fonctionner plusieurs amitiés triangulaires desquelles il sera toujours le point d'ancrage.

 

CRITIQUE

Il m'est difficile de parler de ce livre sans en dévoiler la teneur et malgré tout, je m'en voudrais de vous gâcher la lecture parce que les œuvres de H. Murakami se dégustent sans assortiments. Je me contenterai donc de vous donner mon ressenti quant à l'auteur, son style si particulier et son histoire.

H. Murakami fait partie de ces auteurs d'une littérature japonaise prolifique à laquelle nous, européens, ne sommes pas familiers.
J'ai découvert cet auteur à travers son magnifique Kafka sur le rivage publié en 2002, qui allie à la fois l'ancrage au réel et aux préoccupations notamment de la jeune génération et cet héritage presque fantastique issu d'une tradition et de croyances ancestrales qui occupent encore une place centrale dans la vie japonaise.
Quelle fascination j'ai ressenti à la lecture de ces pages! J'imagine que ce style convient soit tout à fait soit pas du tout. H. Murakami a un don tout à fait particulier pour les descriptions, les ellipses, les intrigues entre deux mondes et l'écriture du réel. Sous sa plume, il n'y a aucun mauvais mot, aucun gros mot, aucune retenue et aucune limite. Il faut appeler un chat un chat, une érection une érection et la mort la mort. Là où d'autres chercheraient à enjoliver les mots pour les faire paraître plus moraux ou moins durs, il nous invite au contraire à faire la paix avec eux, à les accepter tels qu'ils sont au monde et à les lire en pleine conscience de ce qu'ils signifient. C'est la première fois que je vis cette expérience en lisant. Pour H. Murakami les mots ont un poids naturellement, mais ils ne pèsent pas plus ou moins lourds entre eux. Cela donne à son style l'effet d'une eau qui s'écoule toujours avec le même débit. Il n'y a pas une seul moment où le style chute ou se tarie. Et cela, c'est tout simplement exceptionnel!
Au-delà de l'histoire, je pense que lire un livre de H. Murakami c'est observer une œuvre d'art.

Pour ce qui est de l'intrigue, là encore, je ne vois pas d'autres métaphores que celles de l'eau, d'un immense océan d'un bleu gris menaçant qui jette ses vagues sur les rochers ou entre deux rives...
En lisant la balade de l'impossible, j'ai ressenti la mélancolie, la pesanteur de la vie, l'ennui et l'espoir. Ce sont des notions tellement réelles pour tout un chacun et pourtant, il me semble que, parce que notre culture n'est pas en paix avec elles, elle les rejette à cet état de "notions". Dans ce roman, on traite de la dépression de manière tout à fait détachée et normale. L'un des personnages, Reiko, nous explique que tout le monde a cette part de vide en soit mais que certaines, la ressentent avec tellement de force qu'elles s'y laissent aller tout simplement. Elles y glissent sans s'en rendre compte comme on enfile un vêtement. Ce sujet me paraît essentiel à la vie trépidante que nous menons. Comment maintenir son esprit dans un chemin conventionnel ou décider justement de le tordre à des choses plus éclectiques? Pourquoi décider de se lever le matin pour faire partie d'un monde social ou au contraire opter pour une retraite paisible loin de tout? Y a-t-il un bon chemin de vie, un chemin qu'il faut suivre?
Chacun d'entre nous a forcément été confronté une fois à ce phénomène. Pour soi-même ou dans son entourage. La vie est pesante à vivre et cela, l'auteur le comprend, s'en empare et nous le rend si simplement que l'on a l'impression de le découvrir pour la première fois.
La culture japonaise, peut-être de par son insularité et son isolement qui la rend à la fois attachée au passé et clairement futuriste, est confrontée à ce mal être de la jeunesse. Le taux de suicide chez les jeunes est particulièrement élevé. Et si l'on étudie un peu l'histoire de ce peuple, l'on voit qu'il a toujours fait partie de cette culture traditionnelle rigoureuse. Mais pourtant, aujourd'hui c'est bien parce que la jeunesse n'a plus ses racines qu'elle veut mettre un terme à son être...
Cela pose la question de la dépendance au futur qui semble harasser toute la jeune humanité: Où je vais? Que vais-je faire?


Je pourrai encore disserter sur ce sujet pendant longtemps, peut-être continuerons-nous en commentaires...

En attendant je ne peux que vous incitez à aller lire les romans de H. Murakami. La ballade de l'impossible est peut-être un peu dur pour une première approche, je conseillerai donc Kafka sur le rivage. A présent, je suis en train de lire Les chroniques de l'oiseau à ressort. Je vous en dirai des nouvelles. Pas de temps à perdre, courez dans les librairies et bibliothèques!

 

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